Le Coran
Ce qu’est le Coran, comment il a été révélé et préservé, comment il est agencé, et ce que sa lecture a de déroutant au début.
Les musulmans croient que le Coran est la parole de Dieu, transmise mot pour mot en arabe à Muhammad, paix et salut sur lui, par l’ange Gabriel sur une vingtaine d’années, et qu’il est la dernière Écriture envoyée. Le mot qur’ân signifie récitation, indice utile : voici un livre qui a été entendu avant d’être écrit, et que les musulmans apprennent encore par l’oreille.
Ce n’est pas un long livre. Le texte compte 114 chapitres, appelés sourates, qui se partagent 6 236 versets. Les chapitres ne suivent pas l’ordre de la révélation et ne forment pas un récit. En gros, les plus longs se tiennent près du début et les plus courts vers la fin, de sorte qu’un lecteur qui commence à la première page rencontre très tôt les 286 versets d’Al-Baqara et bien plus tard les trois versets d’Al-Kawthar. À l’intérieur, la matière passe du droit à l’argument, à la prière, à l’avertissement, à la consolation, aux récits des prophètes antérieurs, souvent dans un même passage. Les lecteurs habitués à une Écriture narrative trouvent d’ordinaire la première lecture déroutante, et il vaut mieux le savoir d’avance.
Comment il a été conservé
Les musulmans tiennent que Dieu S’est engagé à préserver ce texte, et ils signalent deux chaînes parallèles pour dire comment cela s’est fait en pratique. La première est la mémoire. Les compagnons de Muhammad ﷺ apprenaient les passages par cœur à mesure qu’ils étaient révélés, et la pratique ne s’est jamais interrompue : aujourd’hui encore, des gens mémorisent le texte entier, avec derrière eux une lignée d’enseignement ininterrompue. La seconde est l’écriture. Des scribes consignaient la révélation à mesure qu’elle venait, sur ce qui se trouvait sous la main, pierre plate, écorce, os, peau, sous la supervision de Muhammad ﷺ lui-même. En une génération, le matériau fut réuni en une copie de référence sous le troisième calife, ‘Uthmân ibn ‘Affân, et des exemplaires furent envoyés à travers le monde musulman. Deux manuscrits très anciens conservés en Turquie et en Ouzbékistan sont traditionnellement rattachés à cette entreprise.
Le défi
Le Coran formule sur lui-même une affirmation précise qui a marqué durablement l’histoire littéraire arabe. Il défie quiconque doute de son origine de produire quelque chose de semblable, et il resserre le défi par étapes : le livre entier, puis dix chapitres, puis un seul chapitre, et le plus court chapitre fait trois lignes brèves. La Mecque du VIIᵉ siècle plaçait la poésie au-dessus de presque tout et avait de bonnes raisons de discréditer Muhammad ﷺ ; les auteurs musulmans soutiennent que l’échec de ses adversaires devant une demande si mince est lui-même un indice. Trouver cela convaincant ou non vous appartient. Ce qui n’est pas discuté, c’est l’effet que la sonorité du texte produit sur les arabophones, croyants ou pas.
Le lire en français
Une traduction du Coran n’est pas, dans la compréhension musulmane, le Coran lui-même. Les traducteurs rendent un sens, et chaque traduction est le jugement d’un lecteur sur un texte à plusieurs couches : c’est pourquoi les versions publiées portent d’ordinaire le titre de traduction du sens des versets plutôt que du livre. Ce n’est pas un avertissement à se tenir à distance. C’est une raison de lire plus d’une version quand on peut, et de traiter une formulation française donnée comme une approche et non comme le dernier mot. Les traductions vers lesquelles ce site renvoie sont publiées avec le nom de leurs traducteurs.